La majorité des timbres de notre corpus ne produit pas un discours spécifique sur la condition féminine : ils instrumentalisent des images de femmes pour promouvoir quelque chose d'extérieur à elles (cf. Les Allégoriques), l'utilisent parfois indifféremment d'avec celle des hommes, les isolent en personnalités particulières (cf. Femmes célèbres) détachées de toute perspective globale. Lorsqu' anonymes elles occupent le devant de la scène, c'est souvent pour conforter les clichés les plus éculés (cf. Stéréotypes féminins). Toutefois il existe un certain nombre de timbres,  remarquables, qui a contrario  traitent directement de la situation des femmes dans le monde et de leurs combats singuliers. C'est le cas des émissions consacrées aux célébrations officielles de la femme, à la commémoration de l'accès des femmes au droit de vote, à quelques figures du féminisme, aux associations féminines en tous genres. D'autres encore ont pour sujet la "promotion de la femme".

Un parcours à prendre par 5 chemins :

Célébrations internationales

Le droit de vote

Promotion de la Femme

Figures du féminisme

Organisations féminines

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Les autres thèmes : 

Les stéréotypes

Les allégoriques

Les anonymes

Femmes célèbres

 

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Célébrations internationales

1975 : Année internationale de la femme &

 

A la loupe : Comment à une date précise des pays aussi culturellement divers que la Suisse, l'Argentine, le Burkina Faso et le Qatar traitent par une image, officielle et destinée à parcourir le monde, cette problématique universelle de la condition féminine. Qu'en disent-ils ? Comment la déclinent-ils? Quel type de valeurs sont véhiculés sur ces représentations ? Quels écarts entre les attentes (nos représentations de la condition féminine dans tel ou tel pays) et les émissions effectives ? Quelle distance entre réalité de l'intérêt national pour la cause féminine et l'image que nous propose tel ou tel état ? Pourquoi certains pays, parfois inattendus ont choisi de traiter cette question et d'autres non ?

En 1975, la France légalisait l'avortement, le Danemark fêtait les 60 ans du droit de vote féminin, une femme était devenue chef d'Etat 15 ans auparavant au Sri Lanka. Tandis que la célébration de l'Année Internationale pouvait donc trouver pleinement son sens pour ces pays, qu'en est-il pour d'autres, comme le Bahrein qui dédia deux superbes timbres à l'Année de la Femme ? ou même de la Suisse qui n'avait pas encore entériné le suffrage féminin sur tout ton territoire ! Ce type d' émissions philatéliques colportent bien souvent des messages frelatés, peu soucieux de réalisme mais avides de se doter d'une belle vitrine à la face du monde. S'agissant des femmes comme de tout autre chose, les règles de la promotion, parfois de la propagande sont les mêmes : approximatives, partiales, parfois franchement mensongères.  Vigilance.

8 mars : journée internationale des femmes

1975-1986 : décennie de l'ONU pour la femme

 

Chaque année et chaque décennie sont placées par l'ONU sous le signe d'une problématique à enjeu international ou intéressant directement la plupart des sociétés dans le monde. En général, il s'agit de promouvoir des valeurs et/ou de sensibiliser à diverses causes relatives au progrès social et humain, aux questions de développement : accès à la culture, protection de l'environnement, promotion de la jeunesse, ...  Pour exemple : 1970 était l'Année internationale  de l'Education - 1972 celle du Livre -  1979 celle des Enfants - 1983 celle des Communications - 1999 celle des Personnes âgées - 2000 celle de la Culture et de la Paix - 2006 : celle des Déserts et de la Désertification - 2010 sera l'Année internationale de la Biodiversité, etc. Ces années, décennies et mêmes jours internationaux sont  "prétexte" à la mise en oeuvre de multiples actions et projets, institutionnels ou associatifs, d'envergure locale, nationale ou internationale. La diffusion de messages n'étant pas étrangère à l'univers philatélique, et loin s'en faut, ces rendez-vous sont toujours une occasion très prisée par beaucoup de pays pour produire des timbres spécifiques. Ceux-là nous paraissent extrêmement intéressants : à travers leur lecture, on peut y pister la variation des représentations officielles véhiculées d'un pays à l'autre. En gardant à l'esprit qu'il s'agit nécessairement d'une image historiquement datée.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 

La première manifestation internationale pour le droit des femmes eut lieu un 8 mars 1911, à l'initiative de Clara Zetkin notamment. Ce jour vit par la suite de nombreuses manifestations féministe. de par le monde  En 1921, Lénine l'institua journée des Femmes. En 1975, Année internationale de la femme, le 8 mars fut fixé par l'ONU journée internationale "pour célébrer la lutte historique concernant l'amélioration des conditions de vie des femmes" (ONU). Chaque année, elle se décline en différents thèmes associés. Certains pays en ont fait un jour férié. C'est le cas de la Russie ou du Burkina Faso : une idée à suivre ?                      

 
 
 
 
 
 
 

Le logo

 

Le symbole astronomique de la planète Vénus, devenu l'emblème des féministes est ici imbriqué à une colombe stylisée, symbole universel de la paix. Emanation de l'ONU, il identifie plus précisément le DAW : Division for the Advancement of Women, Commission de la condition de la femme de l'ONU créée en 1946.  L'UNIFEM (Fonds de développement des Nations Unies pour la Femme) également créé par l'ONU, en 1976, reprend ce logo auquel est ajouté l'emblème de l'ONU (branches d'olivier croisées). On le retrouve, de diverses couleurs, sur la plupart des timbres émis à l'occasion de la célébration de l'année et/ou de la décennie de la Femme

 

Promotion de la femme

 

La thématique "promotion de la femme" est également représentée dans le monde philatélique, mais assez diversement dans les pays du Nord et ceux du Sud.

Dans les premiers quelques timbres affichent la revendication d'égalité entre les hommes et les femmes, de manière générale (utilisation des symboles féminin-masculin notamment). La "promotion des femmes" n'y est pas directement affichée ou commentée : elle passe plutôt  par  la célébration de personnalités, qui fonctionnent alors comme des modèles de réussite féminine, et très sensiblement s'agissant des pionnières  (de l'aviation, de la

 
 

Organisations féminines

La célébration d’organisations nationales ou internationales est un classique de l’univers philatélique. Dans ce paysage, les associations de femmes représentées sont de tous types : des associations de femmes nationales plus ou moins orientées vers la militance féministe et/ou nationale (association des femmes cubaines, association des femmes sionistes en Israël) des filiales féminines d’organisations non mixtes (scouts et guides, francs-maçons), structures œuvrant spécifiquement pour une certaine catégorie de femmes (femmes rurales en Australie ou femmes au foyer en Allemagne), etc. Toutes ne sont donc pas et loin s’en faut des organisations à vocation proprement féministes. Leur diversité et leur multiplicité traduisent bien en revanche l’implication des femmes dans tous les aspects de la vie sociale, dans la construction collective et dans le développement de leurs pays

 

politique ou d'autres domaines peu féminisés). Dans les ex-pays communistes, s'y ajoute la célébration de nombreuses figures anonymes : des travailleuses et actives dans tous les secteurs de la société, une manière là encore d'acter ou de revendiquer l'égalité d'avec les hommes. Globalement aussi la thématique sportive qui a donné lieu à de nombreuses émissions peut apparaître comme un genre de promotion des femmes, dans un domaine spécifique.  Voir thème lié : Les anonymes

D'autres timbres, plus rares abordent des sujets particuliers relatifs à la condition féminine. Citons un timbre allemand contre la violence faite aux femmes (le timbre est ici clairement utilisé comme un support de communication pour une campagne nationale, comme peuvent l'être certains autres sur la prévention routière ou de la toxicomanie  par exemple).

 
 
 
 
 

Figures du féminisme

 

Dans les pays du sud, où la condition féminine est la plus dure et la plus malmenée, la thématique est plus directement apparente. Certains timbres mentionnent ainsi explicitement "promotion de la femme". Beaucoup sont consacrés à l'accès à l'éducation, clef de voûte de l'émancipation (quoique le timbre soudanais ici présenté pourrait en faire douter...) ou encore à la santé. Voir aussi quelques timbres sur la planification familiale qui même plus allusivement ont à faire avec l'émancipation des femmes.

 

Les femmes célébrées sur les timbres ont toutes œuvré pour la cause féminine : la plupart  indirectement en ayant ouvert la voie dans les domaines les plus variés (pionnières en médecine, en droit, dans l’aviation, etc) ou parce qu’elles représentent des modèles  d’accomplissement social, politique, scientifique ou artistique. D’autres se sont illustrées plus directement dans le combat pour l’égalité des droits civils, sociaux et politiques. La philatélie a ainsi rendu hommage à quelques-unes des grandes figures du féminisme national et international, mais le panorama demeure incomplet. Le traitement de ce sujet est inégal d’un pays à l’autre et d’illustres militantes manquent à l’appel

 

A l'inverse des pays du nord, le discours de promotion féminine est largement induit par la célébration très fréquente de figures anonymes : femmes commerçant, travaillant dans le champs, dans les usines, les bureaux et parfois dans des métiers moins attendus (policières en Somali ou militaires en Egypte).Voir les anonymes.

Mais très singulièrement dans les pays du sud (ou dans les pays ex-communistes) la situation des femmes y est pensée en relation étroite et même obligée avec le développement des pays eux-mêmes : encourager l'éducation, le travail féminin ou une certaine émancipation des femmes est pressenti comme une étape nécessaire dans le développement humain, social, économique, du peuple tout entier. Une vision faisant coïncider le sort des femmes et celui du pays lui-même qui est particulièrement sensible en Afrique. L'avenir des pays du sud entre les mains des femmes : évidence objective ou poncif des discours féministe et/ou tiers-mondiste ? Les timbres eux semblent largement accréditer cette équation. Voir thème lié : Les anonymes.

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Le droit de vote

Le droit de voter est à la fois le trophée et l’emblème du combat féminin pour la reconnaissance de leurs droits et l'égalité avec les hommes. Il semble admis aujourd’hui pour presque toutes les femmes du monde. Mais ses prolongements, droit d’être éligible, de gouverner, accès aux moyens d’une véritable égalité politique, le sont nettement moins : ce sont les enjeux contemporains et universels d’une longue histoire de luttes...

 

Les suffragettes

L'accès à une citoyenneté pleine et active a été depuis des siècles une revendication féminine, portée par quelques voix ici ou là, plus ou moins étouffées dans l'histoire. Mais au XIXème s,  le militantisme pour le droit de vote féminin s'organise de manière décisive. Des mouvements structurés et extrêmement actifs apparaissent au Royaume-Uni d'abord, puis essaiment dans d'autres pays : sous l'impulsion de ses militantes, appelées "suffragettes", le si long chemin des urnes commence à s'ouvrir aux femmes. Lentement, inégalement d'un pays à l'autre, à coups de combats parfois très durs, mais de manière irréversible.

L'histoire des suffragettes commence au Royaume-Uni, dans les années 1860, autour de cercles féminins. La première association est réer en 1897. Depuis et jusqu'à la l'obtention d'un droit de vote restreint en 1918 puis complet en 1928, ces militantes britanniques ont mené un combat acharné pour l’égalité des droits civiques. Certaines plus radicalement que d’autres, à l’image de leurs organisations : citons la National Union for Women’s suffrage autour de Millicent Fawcett (pacifiste) et la Women’s Social and Political Union (WSPU) fondée en 1903 et emmenée par la radicale Emmeline Pankhurst  puis par sa fille Sylvia Pankhurst  Manifestations publiques spectaculaires, interventions dans les réunions de partis politiques, interpellations du gouvernement, grèves de la faim retentissantes : les actions des suffragettes, souvent très virulentes ont été sévèrement réprimées. Les arrestations et condamnations pleuvaient. Une de ces actions d’éclat familières aux suffragettes coûta la vie à Emily Davison en 1913 : cette militante de longue date de la WSPU avait projeté d’interrompre le Derby, course équestre majeure dans laquelle concourait le cheval du roi Georges V. Elle fut mortellement piétinée par l’animal. Quelques années plus tôt, en 1909, Constance Lytton, une autre activiste, était morte des suites de violences policières.

Aux Etats-Unis, en 1850 se tient une convention nationale sur le droit de vote lancé par un groupe de militantes. Deux figures se partagent le leadership de la cause : Susan B.Anthony et Elisabeth Cady Stanton. Le mouvement s’amplifie après la guerre de sécession. Deux grandes associations voient alors le jour (la National Women Suffrage Association et l’ American Women Suffrage Association. Elles fusionnent en 1890 pour former un grand mouvement : le National  American Women Suffrage Association. Quelques années plus tard est fondée l’Association Internationale pour le Suffrage des Femmes (AISF) dont se réclamèrent de nombreuses organisations féminines européennes. Carrie Chapman Catt est une autre figure majeure du suffragisme américain. Avant la Première Guerre mondiale, quelques états (Wyoming, Idaho, etc) accordent progressivement le droit de vote mais c’est en 1919 avec le 19ème amendement que l’ensemble des Américaines ont accédé au droit de vote.

Au Canada, la première association suffragiste date de 1876. Elle est fondée par Emily Stowe qui est aussi la première femme médecin. Comme aux Etats-Unis et en Angleterre, les suffragettes canadiennes organisent inlassablement des manifestations, des réunions publiques, multiplient les publications, les pétitions. En 1916, le Manitoba est le premier état du Canada à octroyer ce droit de vote restreint aux élections fédérales. Parmi les principales activistes, citons aussi Idola Saint-Jean,  Carrie Derick, fondatrice de la Montreal Suffrage Association en 1912 ou encore Thérèse Cassegrain à la tête du mouvement suffragiste de l’entre-deux guerres

Le suffragisme en France

La Révolution française a représenté un tournant majeur dans l’histoire de l’émancipation féminine : d’abord en accordant aux femmes comme aux hommes l’ensemble des droits contenus dans la Déclaration de 1789 (liberté d’opinion, égalité entre les êtres humains, suppression des ordres et des privilèges, abolition de l’esclavage).  Plus spécifiquement elle a représenté l’amorce d’une véritable émancipation civile pour les françaises : les constitutions et lois révolutionnaires ont ainsi établi l’égalité avec les hommes devant la majorité et l’état civil, supprimé la tutelle paternelle et institué une égalité devant le divorce (1792). L’engagement des femmes dans une Révolution pleine d’espoirs pour elles s’est pourtant soldé par un bilan mitigé. Car si elles ont effectivement gagné un certain nombre de droits décisifs en matière sociale et civile, elles n’ont guère progressé sur le terrain de la citoyenneté politique : un terrain où l’esprit révolutionnaire n’a point soufflé la misogynie la plus traditionnelle. Même révolutionnaires, elles ont été brutalement écartées de la  vie politique…et leur droit de vote reporté au menu d’un autre siècle….De cette interdiction est née la pratique des salons à mi-chemin entre le débat public et la sphère privée. Celui de Mme Roland, fameuse révolutionnaire était célèbre. Mais la figure la plus emblématique de cette époque si ambivalente pour les femmes est sans nul doute Olympe de Gouges : femme de Lettres et insatiable révolutionnaire, elle se rendit célèbre par son engagement en faveur de l’égalité des sexes. En 1792 elle rédigea une fameuse « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne », défendit ardemment le droit de vote féminin, réclama l’ouverture aux femmes de l’espace politique. Accusée de sédition, elle fut condamnée par la Terreur et guillotinée en 1793

Les périodes suivantes, l’Empire de Napoléon, grand misogyne devant l’éternel et la Restauration caractérisée par le retour en force de l’ordre moral n’ont évidemment pas représenté un quelconque progrès pour les femmes. Les débats sur le suffrage universel draîne cependant la question du vote féminin. Les partisans de Saint-Simon notamment la défendent. En 1848 ce suffrage « à moitié » universel est institué. La même année, Jeanne-Françoise Derouin forma un premier cercle de militantes féministes. En 1849, elle se porte candidate aux élections législatives

A partir de la seconde moitié du XIXème siècle, le paysage féministe français s’étoffe de nombreuses voix : Maria Deraismes a milité pour la reconnaissance des droits politiques féminins, publié de nombreux textes, organisé des réunions publiques et fondé en 1866 l’Association pour le Droit des Femmes avec Louise Michel. Cette autre figure emblématique des causes révolutionnaire et féminine s’illustra pendant la Commune de Paris, mouvement décisif qui instaura l’égalité politique avant d’être violemment écrasé.

Malgré quelques figures emblématiques, le mouvement suffragiste français demeure assez limité dans son audience, moins virulent que ses homologues européens ou américains et peut-être surtout plus divisé : une partie du mouvement était ainsi emmené par des catholiques pour qui le vote des femmes était perçu comme garant d’une forme de « paix sociale » et d’un certain conformisme moral (exemple  UNVF, créé en 1922) Une autre frange était liée à la gauche révolutionnaire : la militance pour le droit de vote des femmes y était absorbée dans un combat beaucoup plus global pour une société nouvelle. De fait, cette question n’était pas nécessairement vécue comme claire singularité par les militants.

L’Union Française pour le Suffrage des Femmes, affiliée à l’AISF, est fondée à paris en 1909. A la veille de la Première Guerre, elle compte 12 000 membres. En 1935 : 100 000.

A partir de 1900, et plus encore après la Première Guerre mondiale, la question du droit de vote féminin s’est houleusement invitée sur la scène parlementaire. Mais systématiquement les propositions de lois portées par les députés (Viviani en 1900 ou Jules Guesde en 1920) furent bloquées par le Sénat. Au début des années 20, les villes communistes de région parisienne nommèrent des femmes aux postes de conseillers municipaux : une loi promulguée en 1926 les en débouta.

Une nouvelle génération de suffragistes apparut dans les années 30. Citons en particulier Louise Weiss  qui fonda l’association « La nouvelle Femme ». A l’image des suffragettes anglo-saxonnes, elle multiplia les actions spectaculaires et manifestations destinées à faire reconnaître l’égalité des droits politiques. Elle effectua de nombreux déplacements dans toute la France pour le droit de vote féminin, déplacements auxquels participèrent notamment trois célèbres pionnières de l’aviation

En 1936, le Front Populaire est le premier gouvernement français à compter des femmes secrétaires d’Etat. Elles sont trois. Mais le droit de vote n’est toujours pas accordé : pour la sixième fois, la Chambre des députés se prononce pour à une écrasante majorité, le Sénat fait à nouveau barrage.

Le 24 mars 1944, l’amendement Fernand Grenier instaurant le droit de vote des femmes est adopté par l’ Assemblée consultative provisoire. Un mois plus tard et après deux siècles de lutte l’article 17 de l’ordonnance du Général de Gaulle entérine la reconnaissance définitive et entière du droit de vote et d’éligibilité des Françaises. C’était le 21 avril 1944. Elles voteront pour la première fois un an plus tard, aux élections municipales de 1945.

Tour du monde du droit de vote

De 1893 à 2006, il aura fallu plus d’un siècle pour que le suffrage universel s’universalise et recouvre son plein sens, pour que la moitié de l’humanité laissée-pour-compte accède aux urnes dans chaque pays et pour que la Néo-Zélandaise comme l’Emiratie disposent enfin d’un droit similaire. Tour du monde de l’inestimable conquête :

Les pays pionniers

La Finlande est suivie par d’autres pays scandinaves : la Norvège en 1913, le Danemark et l’Islande en 1915. Les gouvernements fédéraux des diverses provinces du Canada ont accordé ce droit entre 1916 et 1922, mais les Québecoises, elles, auront dû attendre 1940. En Grande-Bretagne, 1918 marque une première étape décisive : les femmes de plus de 30 ans accèdent au suffrage. Mais l’égalité avec les hommes ne sera consommée qu’en 1928, date à laquelle les femmes pourront voter, comme leurs compatriotes masculins à partir de 21 ans. La Révolution russe amène ce droit aux femmes d'’URSS en 1918. Même année pour la Tchécoslovaquie, la Pologne et la Géorgie. Les Etats-Unis, en 1920.

Entre 1920 et 1930, de nombreux pays font accéder les femmes aux urnes : l’Albanie, l’Autriche, la Hongrie, la Suède, l’Irlande, la Mongolie ou encore l’Equateur. En Turquie, Mustapha Kemal promulgue dès son arrivée au pouvoir en 1923 un ensemble de lois révolutionnant le statut des femmes. Celles-ci obtiennent le droit de vote en 1930 et à l’éligibilité en 1934.

En France, l’accès des femmes au suffrage universel est tardif (il a été entériné dans presque toute l’Europe, hormis l’Italie et la Suisse) : il est octroyé le 21 avril 1944, par une ordonnance signée du Général De Gaulle. Les premières élections (municipales) auront lieu un an plus tard. La seconde guerre mondiale, le rôle des femmes dans la résistance et le contexte international ont été des éléments décisifs. Cependant, pas plus ici qu’ailleurs l’obtention de ce droit n’aura été le fait du Prince, mais bien le fruit d’une longue histoire de luttes (cf.plus haut « le suffragisme en France »)

La création de nouveaux états comme Israël en 1948 et l’émancipation des pays colonisés à partir des années 50 ont vu l’établissement de constitutions prévoyant un égal accès aux urnes pour les hommes et les femmes.

Les pays à l'arrière-garde

Au Portugal, la Révolution des Œillets a marqué pour les femmes la réparation d’une injustice historique : le suffrage avait bien été accordé aux femmes en 1930, mais uniquement pour les diplômées du supérieur. L’égalité devant les urnes est enfin établie, en 1974 dans le droit fil des réformes démocratiques.

La Suisse représente un cas particulier dans le paysage citoyen européen. A la traîne de l’Europe, le vote féminin fait son apparition timide, à partir des années 60 : dans quelques cantons seulement. Il est introduit au niveau fédéral en 1971. Mais ce n’est qu’en 1990 que le dernier canton (Appenzell-Rhodes intérieur) a dû renoncer à interdire l’accès des femmes aux urnes : par décision du tribunal, précisons.

Parmi les médaillés de la honte, citons aussi l’inattendu Liechtenstein qui, à la suite d’un référendum a autorisé le suffrage féminin…en 1984…mais uniquement pour les élections nationales. N’abusons pas des bonnes choses…

Les derniers états à avoir accordé le droit de vote ? Le Koweït en 2005 et les Emirats Arabes Unis en 2006. Aujourd’hui, les deux seuls états à n’avoir pas accordé le droit de vote aux femmes sont l’Arabie Saoudite (monarchie absolue où aucun suffrage n’existe : par défaut, l’égalité hommes-femmes est donc devant l’urne absente, parfaitement accomplie !) et le Buthan (vote des chefs de famille uniquement ; une importante réforme du pouvoir monarchique est prévue en 2008….à suivre donc)